Description
Référence : 32384
HENRI, comte de Paris – Entre Français
1947, format : 145×225, 223 pages, illustration[s] : sans, broché, bon état
INTRODUCTION
Savoir pourquoi on souffre ce n’est plus souffrir qu’à moitié. Les Français, qui plient sous le fardeau des malheurs des temps, savent-ils pour quelles raisons historiques et actuelles ils mangent mal, ils sont mal vêtus et mal logés, pourquoi leur pays, il y a encore cent cinquante ans, maître de l’Europe, est devenu un enjeu dans les parties diplomatiques, un champ de bataille militaire, un instrument dont se servent, dans la paix comme dans la guerre, les autres grandes puissances ?
Leur dire la vérité, faire le point sans passion mais sans complaisance, ne saurait être qualifié de défaitisme, quelque sombre qu’apparaisse le bilan. De cette connaissance de nous-mêmes, de cet état de nos moyens, surgiront les remèdes en même temps que les raisons objectives de ne pas désespérer.
Le lecteur méfiant se demande déjà quels titres
je possède, puisqu’il ne reconnaît pas celui de la naissance, pour faire son examen de conscience en même temps que celui de la France.
S’il sait que j’en suis exilé depuis l’âge de dix-huit ans, il pensera sans doute que mon ingénuité n’a d’égale que ma prétention de parler des Français aux Français, alors que je vis depuis vingt ans aux quatre coins de l’Europe.
Lecteur, prévenu ou méfiant, voici les titres qui justifient à mes yeux ce livre :
Arrière-petit-fils de Henri IV, j’ai dû, pour cette seule raison, vivre hors de France. Mais ce douloureux exil présente quelques avantages : dès le plus jeune âge, il a orienté ma vie vers l’étude politique. En m’éloignant de la mêlée, il élève ma vue et dégage les horizons, — car de loin, les arbres ne cachent plus la forêt. Il n’y a pas de paradoxe à affirmer que de l’étranger, lorsqu’on s’applique avec tendresse à l’étudier, on peut juger un pays avec plus de vérité que ne le font ses propres habitants. Il me semble que la loi républicaine, en me frappant, m’a désigné pour cette mission.
Mais dans ce propos, il ne s’agit pas seulement de science et de connaissance des faits, il s’agit d’amour. Avant d’être Prétendant, je suis Français. Je saigne des malheurs de ma Patrie. Quand il s’agit de la France, ce n’est pas tant mon intelligence et les connaissances
rassemblées en vingt ans de travail que je mets en jeu, mais toute mon âme et tout mon amour pour mon pays.
On m’objectera que si l’observateur éloigné, grâce aux rapports, statistiques et livres spécialisés, peut peser le poids global de la France, il est plus difficile de connaître les Français sans vivre parmi eux. Ce serait mal connaître mon existence.
Depuis 1926, année douloureuse pour ma famille dont elle marque l’exil, ce contact ne m’a jamais manqué. De 1931 à 1939, à Bruxelles, mon Père m’avait chargé de diriger la propagande monarchiste. Je recevais chaque jour de nombreux Français, de toutes conditions, de tous âges : journalistes professionnels charmants et blasés, industriels inquiets de ma réputation de «socialiste», mineurs, ouvriers du Nord étonnés de me trouver si curieux de leurs problèmes, jeunes étudiants enthousiastes qui m’apportaient la chaleur de leur foi, paysans prudents et pratiques, avocats, professeurs et hommes politiques curieux ou sceptiques.
En 1940, soldat à la Légion étrangère, j’eus la consolation, parmi tant de malheurs, de vivre à nouveau en France au milieu de mes compatriotes et de connaître dans les granges paysannes le lourd sommeil du troupier.
Puis au Maroc, à Rabat, pendant deux ans,
fai vécu ‘parmi ces Français du Maroc, deux fois Français par leur naissance et par leur vocation de pionniers.
Enfin, en toute circonstance, je retrouve en moi-même l’image des Français; ‘je puis dire cela, je pense, sans craindre qu’un censeur républicain, si sévère soit-il, me reproche de pouvoir retracer très loin ma lignée. Renan n’a-t-il pas parlé de cette miraculeuse correspondance entre la conscience française et la conscience capétienne? En lisant ces pages le lecteur jugera si ce lien est toujours vivant. Cette conscience capétienne me dictait mon devoir : alors que les nuages s’accumulent sur la France, je me dois d’aller directement au peuple de France pour lui dire ce qu’en mon âme et conscience je crois être la vérité. Je m’adresse à lui sans intermédiaire, par-dessus les hommes et les partis qui prétendent incarner sa pensée parce que je lui fais davantage confiance qu’à des porte-parole ligotés par leurs intérêts de clan. Je crois en sa sagesse et en sa prudence politique profonde qui ne sont qu’égarées par des propagandes pernicieuses au service d’intérêts étrangers et particuliers. Français, méditez à l’heure où il est temps encore, sur l’avenir et sur le passé et que le passé éclaire pour vous l’avenir.
Ma lignée a élaboré avec vous la France dans le creuset de l’Histoire ; vos ancêtres et les miens, ces millions d’hommes de bonne volonté, ces dizaines et ces dizaines de générations ont donné à notre Patrie son âme et son visage. Elle est en train de trahir son âme et de perdre son visage.
Ne serait-il pas temps que nous la refassions ensemble?
SOMMAIRE
Introduction
I. — PREMIER DIAGNOSTIC
II — LE MAL EST-IL DANS L’ESPRIT?
Le rationalisme cancer de la raison. Le rationalisme et l’action.
Le rationalisme et le dynamisme vital. La vie politique et les fourvoiements du rationalisme.
L’actif du rationalisme.
III. — RICHESSE ET PAUVRETÉ DE LA FRANCE
Dépendance de la France.
La France jardin de l’Europe?
France, terre sans hommes.
Comment la France géra-t-elle son avoir?
a. Une trop lente industrialisation.
b. La Grande Guerre, coup d’accélérateur pour l’industrie.
c. La sclérose de l’agriculture.
d. Les chances de l’Empire. L’après-guerre et les occasions perdues. L’ampleur gigantesque de la tâche.
IV. — LE MAL EST-IL POLITIQUE?
Arithmétique et tripartisme.
La pragmatique Angleterre. Fédéralisme américain.
La maladie du parlementarisme français.
Les courants de la pensée française. La synthèse possible et… nécessaire. Socialistes, chrétiens, humanistes…
V.— PROMENADE A TRAVERS LES PARTIS
Le radicalisme au carrefour.
Du matérialisme à l’idéalisme ou les avatars de la S.F.I.O.
Le syndicalisme se laissera-t-il empoisonner?
Le M.R.P. a-t-il son avenir derrière ou devant lui?
Conservatisme ou réaction.
La tragédie communiste
VI.— AU DELA DU QUAI D’ORSAY
Solidarité du monde.
Vers la république universelle.
VII.— CONCLUSION
La monarchie, arbitrage permanent.
La monarchie et l’amour.

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