Description
Référence : 32407
MAISTRE Joseph de – Les soirées de Saint-PETERSBOURG
Entretiens sur le Gouvernement Temporel de la Providence (tome I & II)
1924, format : 135×220, 405+478 pages, illustration[s] : sans, demi-reliure, bon état
LES SOIRÉES DE Saint-Pétersbourg
ou Entretiens sur le Gouvernement Temporel de la Providence
Tome I et tome II – LES DIX PREMIERS ENTRETIENS
LIBRAIRIE CATHOLIQUE EMMANUEL VITTE – LYON
PRÉFACE DE
M. de SAINT-VICTOR
La vérité et l’erreur se partagent cette terre où l’homme ne fait que passer ; où le crime, les souffrances et la mort lui sont des signes certains qu’il est une créature déchue ; où la conscience, le repentir et mille autres secours lui ont été donnés par la bonté du Créateur pour le relever de sa chute ; où il ne cesse de marcher vers le terme qui doit décider de sa destinée éternelle, toujours soumis à la volonté de Dieu, qui le conduit selon la profondeur de ses desseins ; toujours libre, par sa volonté propre, de mériter la récompense ou le châtiment. Deux voies lui sont donc ouvertes, l’une pour la perte, l’autre pour le salut ; voies invisibles et mystérieuses dans lesquelles se précipitent les enfants d’Adam, en apparence confondus ensemble, divisés cependant en deux sociétés qui s’éloignent de plus en plus l’une de l’autre, jusqu’au moment qui doit les séparer à jamais. C’est ainsi que saint Augustin nous montre admirablement les deux Cités que le genre humain doit former à la fin des temps, prenant naissance dès le commencement des temps : la Cité du monde et la Cité de Dieu.
Dieu et la Vérité sont une même chose ; d’où il faut conclure que toute vérité que l’intelligence humaine est capable de recevoir lui vient de Dieu ; que sans lui elle ne connaîtrait aucune vérité, et qu’il a accordé aux hommes, suivant les temps et les circonstances, toutes les vérités qui leur étaient nécessaires. De cette impuissance de l’homme et de cette bonté de Dieu découle encore la nécessité d’une tradition universelle dont on retrouve en effet les vestiges plus ou moins effacés chez tous les peuples du monde, selon que l’orgueil de leur esprit et la corruption de leur cœur les ont plus ou moins écartés de la source de toute lumière : car l’erreur vient de l’homme comme la vérité vient de Dieu ; et s’il ne crie vers Dieu, l’homme demeure à jamais assis dans les ténèbres et dans l’ombre de la mort.
L’erreur a mille formes et deux principaux caractères : la superstition et l’incrédulité. Ou l’homme altère en lui l’image de Dieu pour l’accommoder à ses passions, ou, par une passion plus détestable encore, il pousse la fureur jusqu’à l’en effacer entièrement. Le premier de ces deux crimes fut, dans les anciens temps, celui de tous les peuples du monde, un seul excepté ; ils eurent toujours pour le second une invincible horreur, et les malheureux qui s’en rendaient coupables furent longtemps eux-mêmes une exception au milieu de toutes les sociétés. C’est que cette dernière impiété attaquait à la fois Dieu et l’existence même des sociétés ; le bon sens des peuples l’avait pressenti : et, en effet, lorsque la secte infâme d’Epicure eut étendu ses ravages au milieu de l’empire romain, on put croire un moment que tout allait rentrer dans le chaos. Tout était perdu sans doute, si la Vérité elle-même n’eût choisi ce moment pour descendre sur la terre et pour y converser avec les hommes. Les anciennes traditions se ranimérent aussitôt, purifiées et sanctifiées par des vérités nouvelles ; la société, qui déjà n’était plus qu’un cadavre prêt à se dissoudre, reprit le mouvement et la vie, et ce principe de vie, que lui avaient rendu les traditions religieuses, ne put être éteint ni par les révolutions des empires, ni par une longue suite de ces siècles illettrés qu’il est convenu d’appeler barbares. Les symptômes de mort ne reparurent qu’au xve siècle, qui est appelé le siècle de la renaissance : c’est alors que la raison humaine, reprenant son antique orgueil qu’on avait cru pour jamais terrassé par la foi, osa de nouveau scruter et attaquer les traditions. Les superstitions du Paganisme n’étant plus possibles, ce fut l’incrédulité seule qui tenta ce funeste combat : elle démolit peu à peu l’antique et merveilleux édifice élevé par la Vérité même, et ne cessant de nier, les unes après les autres, toutes les croyances religieuses, c’est-à-dire, tous les rapports de l’homme avec Dieu, elle continua de marcher ainsi, au milieu d’une corruption toujours croissante de la société, jusqu’à la révolution française, où Dieu lui-même fut nié par la société, ce qui ne s’était jamais vu ; où le monde a éprouvé des maux plus grands, a été menacé d’une catastrophe plus terrible même que dans les derniers temps de l’empire romain,….
■ VOIR le SOMMAIRE ■



Avis
Il n’y a pas encore d’avis.