Description
Référence : 32409
KORIAKOFF Michel – Je me mets hors la loi (Russie)
Pourquoi je ne rentre pas en Russie Soviétique
1947, format : 140×195, 220 pages, illustration[s] : sans, broché, bon état
Note de l’Editeur
Le capitaine Michel Koriakoff, né le 22 juin 1911 dans un village sibérien (région de Krasnoïarsk), a fait ses études à l’Institut de philosophie, d’histoire et de littérature de Moscou. Ecrivain et journaliste en temps de paix, il a servi, pendant toute la guerre, dans les rangs de l’Armée rouge, comme simple soldat d’abord, comme officier ensuite. En 1943, il fut décoré de l’Etoile rouge et affecté à la 6e armée de l’Air comme correspondant de guerre.
Après la guerre, le capitaine Koriakoff a travaillé à l’Ambassade des Soviets, à Paris, comme directeur du journal Nouvelles de la Patrie. Ayant reçu, le 18 mars 1946, l’ordre de rentrer immédiatement en Russie, il s’évada de l’Ambassade malgré l’étroite surveillance d’un représentant du N.K.V.D.
Ne pouvant lutter dans son pays pour ce qu’il croit être la vérité, Michel Koriakoff décida de mener cette lutte en dehors de son pays. Il tient pour son devoir de dire au monde la vérité sur le régime soviétique et de le préserver ainsi de la tentation d’imiter une expérience qu’il considère comme une « défiguration du vrai visage de la Russie ».
Je me mets hors la loi est un récit autobiographique, où l’auteur raconte les événements et les raisons qui l’ont amené à rompre avec les Soviets et à affronter la vie incertaine et dangereuse d’un « hors la loi ». Ce témoignage historique d’une bouleversante intensité spirituelle, méritait d’être publié sans retard. Il vient de paraître presque en entier dans les Cahiers du Monde Nouveau. Ce livre est la lre édition, traduite intégralement du russe, des Mémoires de Koriakoff.
LETTRE OUVERTE A LA REDACTION
DUSOTZIALISTITCHESKY WESTNIK, no 9 (589), DU 20 SEPTEMBRE 1946 (NEW-YORK)
Monsieur le Rédacteur,
Au cours de la dernière année, plus exactement du 23 mai 1945 au 18 mars 1946, j’ai travaillé à l’Ambassade soviétique, à Paris, en qualité de rédacteur du journal Vestis Rodiny (Nouvelles de la Patrie), édité par l’Ambassade à l’intention de l’émigration russe en France. Le 18 mars 1946, lorsqu’on m’a brusquement proposé — deux heures avant le départ du train — de préparer mes bagages et prendre le chemin de Moscou, je m’enfuis de l’Ambassade et devins ainsi « émigré russe ». Mais l’Ambassade soviétique à Paris continue d’affirmer et répand le bruit, dans les cercles d’émigrants, que je me trouve déjà à Moscou. J’estime donc indispensable de démentir ces bruits et de déclarer pourquoi j’ai refusé de retourner en Union soviétique.
J’ai combattu pendant toute la guerre — du premier au dernier jour — dans les rangs de l’Armée rouge. En automne 1941, je combattais devant Moscou, à Wolokolamsk, simple sapeur de 2° classe dans les rangs de la 16e armée du général de division Rokossovsky. En janvier 1942, j’étais promu au grade de lieutenant et prenais le commandement d’une compagnie de sapeurs sur le front du Nord, dans le secteur du front « vers le sud du lac Ilmen », secteur qui a figuré souvent dans les communiqués militaires. Plus tard, je fis partie du groupe d’opération de l’état-major de la 35e brigade de sapeurs, ensuite à l’état- major du secteur Nord-Ouest, où j’ai reçu l’ordre d’étudier les opérations militaires. Les deux dernières années de guerre, j’étais redevenu correspondant militaire auprès de la 6° armée aérienne, où je fus promu au grade de capitaine et décoré de l’Ordre de l’Étoile rouge. Ainsi, avec l’Armée rouge, je franchis le chemin de guerre, depuis les murs de Moscou jusqu’aux ruines de Dresde, et encore, le 23 avril 1945, je prenais part à la lutte contre la division blindée allemande « Brandenburg », qui contre-attaquait dans le secteur de Bautzen. Après la victoire, depuis le 2 mai 1945, comme il a été dit plus haut, je travaillais à l’Ambassade soviétique, à Paris.
Comme simple soldat et comme commandant de compagnie, j’ai vu la guerre sous un angle restreint, sur un petit secteur du front, c’est-à-dire en « profondeur ». Comme officier d’état-major et correspondant de guerre, j’ai eu la possibilité de voir la guerre sur plusieurs fronts, c’est-à-dire en « largeur ». La guerre se déroulait à mes yeux comme une tragédie grandiose .du peuple russe, qui, tout en protégeant le sol national contre l’invasion allemande, devait en même temps défendre le bolchevisme. Le peuple russe espérait qu’après la guerre «»tout s’organiserait sur une base nouvelle », que la victoire sur l’Allemagne amènerait automatiquement des changements à la situation intérieure. Aussi le défunt patriarche Serge, dans son magnifique sermon de juin 1941, a eu le courage de dire, devant le peuple, que la guerre qui venait d’éclater apportait non seulement les sacrifices et la misère, mais servirait une cause juste, car elle épurerait l’atmosphère morale du pays. Mais, malheureusement, ceci n’eut pas lieu : le bolchevisme a volé la victoire, si chèrement payée par le peuple russe.
L’Histoire de la grande guerre nationale va bientôt être éditée à Moscou ; on procède actuellement aux derniers travaux. On parlera des attaques des blindés, des percées tankistes, des « tenailles », des méthodes d’offensive de l’artillerie, de la coopération entre l’aviation et l’infanterie — mais on taira l’expérience morale, on ne parlera pas des changements survenus en cours de cette guerre dans l’esprit du soldat russe. Ils écriront pour la centième, peut-être même pour la millième fois, que dans cette guerre le régime soviétique a forcé la victoire, et que l’Armée rouge et le peuple ont puisé leurs forces dans le parti communiste. Mais ceci n’est qu’un mensonge, qui ne devient pas moindre parce que les menteurs sont sincères ou candides.
Il n’est pas facile de comprendre, peut-être est-ce même impossible, ce qui s’est passé en Russie durant ces années de guerre. En réalité, comment comprendre que le peuple russe, qui, déjà en 1930, attendait la guerre, et avec elle la défaite du bolchevisme, lorsqu’enfin la lutte éclata, se leva comme un seul homme au combat, et non seulement sauva le bolchevisme de sa perte, mais réussit à consolider sa position et à l’instaurer presque dans toute l’Europe. 19. C. Chamberlin, le journaliste américain si connu, connaissant admirablement la Russie, y ayant vécu douze années, écrivit récemment : « Sí, jusqu’en 1942, l’Armée rouge était la moins connue des armées du monde, la guerre germano-soviétique, appelée officiellement en U. R. S. S. « grande guerre nationale », dans tous ses plus petits détails, apparaît incontestablement la moins digne de renommée de tous les importants conflits de l’histoire contemporaine. » (L’Enigme russe, Montréal, 1946, p. 307.)
Et cependant la vie du monde dépend en grande partie d’une juste solution de cette « énigme russe ». C’est pourquoi j’ai jugé qu’il était de mon devoir sacré, bien plus, j’ai juré de donner ma vie, sauvée miraculeusement, pour faire tomber le voile qui recouvre la vérité sur la guerre, sur l’exploit du peuple russe et sur sa tragédie.
Permettez-moi de vous remercier, Monsieur le Rédacteur, pour l’aide que vous avez apportée à la publication de ma lettre.
Michel KORIAKOFF, Capitaine de l’Armée rouge.
Table des matières
[. — La MesseII. — L’église de la Vierge
III. — Le Mont Clair
IV. — Lenchen
V. — 22 avril 1945
VI. — « Il mit sur moi sa main droite »
VII. — L’armée Vlassoff
VIII.— Vers la captivité chez les Américains !
IX. — Evasion
X. — A l’Ambassade des Soviets .
XL — Hors la loi

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