Description
Référence : 32411
FISCHER John – Les Russes tels qu’ils sont
Ce qu’on voit aujourd’hui en URSS
1947, format : 140×230, 280 pages, illustration[s] : sans, broché, Tranche couv. décollée avec usure, bon état intérieur
LES RUSSES TELS QU’ILS SONT
CHAPITRE PREMIER
LA GRANDE PEUR DU KREMLIN
Le colonel à la toque d’astrakan nous arrête juste comme notre voiture s’engage sur l’étroite chaussée pavée qui conduit de la rue Mokhovaïa à la Porte Forestière du Kremlin. Trois soldats, portant des fusils, baïonnette au canon, surgissent de l’obscurité derrière lui. Ils entourent la voiture, deux de chaque côté, avant même qu’elle se soit arrêtée en patinant sur les pavés humides. Un instant, dans l’éblouissement des phares, j’aperçois les cols aux: pattes bleu vif, bordés de rouge, insignes des troupes de sécurité intérieure de la fameuse N. K. V. D., la police politique.Pendant que ses hommes inspectent la voiture, le colonel vérifie nos laissez-passer. Il inscrit les numéros sur son carnet, en regard d’une liste, et lève vers la lumière chacune des petites cartes brunes, pour en noter les signatures et les indications particulières. Puis il feuillette nos passeports, lit, sans oublier un mot, les visas nasses sur chacun d’eux et compare les photographies avec nos visages.
Enfin, il nous rend les papiers, salue et laisse repartir la voiture. Il n’y a pas eu un mot d’échangé.
Juste avant d’arriver à l’enceinte, — un tunnel sous une grosse tour médiévale de grès rouge, — nous passons devant une autre sentinelle debout dans une guérite à raies blanches et noires. Derrière la grille, il y a encore six hommes de la N. K. V. D., armés de mitraillettes. Da voiture, qui maintenant avance rapidement, passe devant eux, entre dans une grande cour pavée, éclairée par des projecteurs, et s’arrête brusquement devant une haute grille de fer qui sépare la cour en deux. Nous descendons et quatre gardes, tous des officiers armés de revolvers, aux étuis de cuir brillant, examinent à nouveau nos papiers avec une politesse glacée avant de nous ouvrir la grille.
En l’espace d’une ou deux minutes, le temps de traverser la cour intérieure, nous passons devant cinq hommes armés. Il y en a devant chaque porte et chaque passage des bâtiments de stuc jaune, qui entourent la cour de trois côtés. Nous nous dirigeons vers le plus grand des bâtiments, l’ancien palais des Romanov, qui sert maintenant de salle de réunion pour le Soviet Suprême. Huit officiers de la N. K. V. D. viennent à notre rencontre à l’entrée. Leur uniforme est d’une coupe parfaite, et chacun d’eux porte au moins trois médailles. Après un dernier examen minutieux de nos laissez- passer, on nous conduit, par un dédale d’anti- chambres et de corridors aux boiseries de noyer, à une petite tribune dominant la grande salle où le Soviet Suprême est en séance. Six hommes en civil, des détectives, semblables à tous les détectives du monde, vont et viennent dans les couloirs derrière cette tribune, et l’un d’eux nous désigne des sièges. Il ne peut guère nous considérer comme de dangereux personnages — nous sommes trois Américains représentants de l’U. N. R. R. A. avec notre interprète — et cependant il reste assis derrière nous tout le temps que nous passons là.
En dessous, dans cette salle où jadis était la cour impériale, siègent les quelque douze cents délégués qui, sous le régime soviétique, constituent la représentation politique. J’ai appris plus tard que la plupart d’entre eux n’avaient jamais été admis à pénétrer dans aucune autre – pièce du Kremlin. Aucun d’eux, non plus, n’a de serviette, bien que, d’habitude, les fonctionnaires russes se sentent presque nus quand ils n’en portent pas.
L’Assemblée tient ses débats sous les yeux des gardes aux uniformes bleus, postés contre le mur, environ tous les deux mètres. Le terme « débats », d’ailleurs, est sans doute impropre. Les délégués écoutent passivement les discours préparés à l’avance, puis votent « oui », dit-on, avec la précision d’une machine-outil. Aucune discussion ne s’élève du parterre, et l’on ne se souvient pas qu’aucun délégué ait jamais émis de vote contraire. Il y a encore un garde devant chaque porte, et à l’extrémité de chaque passage, entre les bancs, veille un officier de la N. K. V. D. Je n’ai jamais vu d’endroit aussi soigneusement gardé, pas même le quartier général d’Eisenhower pendant la guerre.
Il paraît donc assez logique de conclure que, s’il y a un règne qui s’affirme en Russie, c’est bien celui de la peur..
Pendant deux mois, nous avons voyagé dans l’ouest du pays et il n’est guère de jour où nous
TABLE DES MATIÈRES
CHAPITRE PREMIER : LA GRANDE PEUR DU KREMLIN
CHAPITRE II : LE TEXAS EN TOQUE DE FOURRURE
CHAPITRE III : LES RESTRICTIONS
CHAPITRE IV : LA RELIGION SOVIÉTIQUE
CHAPITRE V : LA PRÉTENDUE SOCIÉTÉ SANS CLASSES,
CHAPITRE VI : LA GRANDE RÉCOMPENSE
CHAPITRE VII : L’EXILÉE
CHAPITRE VIII : L’AGENT SECRET
CHAPITRE IX : L’OUVRIER AU TRAVAIL
CHAPITRE X : L’HEUREUX PAYSAN
CHAPITRE XI : LES BUTS DE LA POLITIQUE RUSSE
CHAPITRE XII : LES POSSIBILITÉS D’ENTENTE

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