provins 170 2016 300Présentation

Le Bulletin 2016 est le fruit du travail d'un Atelier de la SHAAP, qui répond à une demande de la direction de l'Institution Sainte-Croix d'écrire une histoire des lieux où l'école est implantée. Le défi nous apparut tout à fait intéressant : le quartier sur lequel se développe aujourd'hui cet établissement scolaire n'était pas n'importe lequel. Aujourd'hui rue Saint-Thibault, la rue le long de laquelle il se dresse fut, jusqu'à une période récente, une portion de la Grande Rue, qui, partant de l'église Saint-Ayoul à l'extrémité orientale de Provins, traversait d'un seul trait droit la ville basse avant de monter jusqu'au château par le flanc nord de la colline. Relativement facile jusque là, la pente s'incline alors assez pour que la Grande Rue devienne rue du Murot, ce qui dit l'effort des charrois qui l'empruntaient.

Sur le côté droit de la Grande Rue ou de la rue Saint-Thibault d'aujourd'hui, existait dans le dernier quart du XIIIe siècle, un quartier vivant où les maisons de commerce côtoyaient un quartier d'artisans du cuir et de friperie, que deux opérations immobilières allaient, en quelques années, bouleverser pour longtemps : celles de Renier Acorre, le grand argentier florentin, et des jacobins. Le paysage urbain en fut modifié jusqu'à la Révolution française. La maison Acorre resta célèbre sous le nom de maison de Villegagnon et marque encore la rue de sa façade quasi palatiale. Les jacobins construisirent un couvent qui marqua longtemps le paysage de la ville, la vie religieuse et laïque de la ville.

La Révolution n'abandonna pas d'un coup ces vieilles bâtisses et sut leur trouver un usage. Ce fut dans leurs murs que l'assemblée du bailliage de Provins se réunit à partir du mois de mars 1789 pour rédiger les fameux cahiers de doléances.
Mais ensuite, qu'en est-il quand les bâtiments des jacobins devinrent biens nationaux ? Pendant la Révolution elle-même, et ensuite ? Comment en arrive-t-on à ce que l'école actuelle occupe non seulement l'emplacement de l'ancien couvent mais encore celui de l'îlot où Renier Acorre avait composé son hôtel ?

Le XIXe siècle est sans doute la période provinoise la moins explorée et la moins connue. C'est pourquoi, après les nécessaires recherches sur la période médiévale, il fallait insister sur le passage mouvementé de la Révolution. Il était aussi nécessaire de comprendre comment, dans un XIXe siècle où l'État mit beaucoup de temps à prendre en charge efficacement et à développer un enseignement public, gratuit et obligatoire, naquirent, de façon anarchique, de nombreux petits lieux d'enseignement qui vinrent répondre aux besoins de la population. Il n'est pas simple de suivre pas à pas au travers des XIXe et XXe siècles le développement de ces établissements d'enseignement qu'on disait libres et de comprendre comment on est passé de Notre-Dame et de SainteCroix à l'institution d'aujourd'hui.

L'histoire de ce quartier de la rue SaintThibault, pour intéressante qu'elle soit en ellemême, apporte donc bien des éléments nouveaux dans la connaissance de l'histoire de Provins : pour la période médiévale, une nouvelle compréhension de l'activité de Renier Acorre, une étude savante des bâtiments parmi les plus beaux de Provins, pour les jacobins, une nouvelle approche de leur installation, pour la période révolutionnaire, comment le couvent passa d'un lieu de réunion de confréries à celui de l'assemblée de bailliage, avant de devenir un centre de détention polyvalent. Etudier la naissance d'un établissement d'enseignement apporte enfin de nouveaux éclairages sur la question scolaire à Provins au XIXe siècle et aussi sur la naissance à Provins d'une congrégation, celle des célestines.


François VERDIER

AU SOMMAIRE du bulletin n° 170 - 2016 :

Renier Acorre et la rue de Froidinantel : achats fonciers et distinction sociale(XIIIe siècle) Thomas LACOMME

La constitution d'un palais urbain. Ensemble bâti de l'îlot compris autour des rues Saint-Thibaut, des Jacobins et de la Table-Ronde Olivier DEFORGE

L'installation des jacobins à Provins (1270) François VERDIER

Prisons et prisonniers de la « maison des ci-devant jacobins » pendant la Révolution Marie-Catherine PALANCHINI

Histoire des sœurs célestines et de l'Institution Notre-Dame Marie-Jeanne ROULON

Histoire de l'École Sainte-Croix, de sa fondation à 1972  Françoise DEFORGE

Société d'Histoire et d'Archéologie de l'Arrondissement de Provins
Jean-Marie DEFORGE 1, rue Max-Michelin 77160 PROVINS     Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

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