Description
Référence : 32340
DUCLAUX M. E. – Cours de physique et de météorologie
professé à l’Institut Agronomique
1891, format : x, 504 pages, 175 n&b. + 44 cou. illustration[s].broché, couv. muette, tranche de dos avec un manque, bon état intérieur
PRÉFACE
La météorologie peut-elle se prêter aujourd’hui au même mode d’exposition synthétique que les autres branches de la physique, et se présenter sans se faire accompagner du bagage encombrant de documents analytiques au milieu desquels elle se perdait autrefois? Telle est la question que j’ai dû me poser quand j’ai concouru, en 1878, pour la chaire de physique et de météorologie à l’Institut agronomique.
Quand je me demande pourquoi j’ai eu la confiance d’y répondre alors par l’affirmative, je ne trouve guère, comme raisons, que le souvenir de mes ‘conversations et de ma correspondance avec mon regretté collègue, M. de Tastes, professeur de physique au lycée de Tours. M. de Tastes était impotent : une opération chirurgicale mal faite lui avait enlevé l’usage de ses jambes, et sa seule récréation était le-canotage à la voile ou à la rame sur la Loire et ses affluents. Dans sa position, le moindre accident pouvait devenir fatal. Cette perspective l’avait rendu, comme on pense, très attentif aux choses de l’atmosphère, et comme il avait en outre un sens physique très aiguisé, il était naturellement et sans effort devenu un excellent météorologiste, un météorologiste de plein vent, non un météorologiste de serre chaude.
De la région qu’il habitait, et qu’il avait fini par très bien connaître, son attention s’était bientôt étendue à tout le globe, et il avait sur la circulation générale de l’hémisphère Nord, sur les courants aériens qui s’y dessinent, sur les bourrasques que ces courants emportent, et sur les régions tranquilles qu’ils contournent, des idées générales que je me rappelle l’avoir entendu développer avec enthousiasme et ampleur. Ces idées, dont quelques- unes ont fait fortune depuis, étaient neuves alors, elles étaient grandes ; elles réunissaient dans un ensemble commun une foule de faits jusque-là épars et dissociés ; on les retrouvera presque à chaque pas dans cet ouvrage, parce que c’est à leur lumière que j’ai envisagé à mon tour les choses de la météorologie.
L’idée que je développe, c’est que tous les phénomènes moteurs de l’atmosphère, depuis les plus grands jusqu’aux plus petits, sont des phénomènes de moussons, dus à l’inégal échauffement de régions voisines. L’inégalité est introduite, sur terre, par la distribution des continents et des mers, et dans l’atmosphère par les inégalités dans la proportion et la distribution de la vapeur d’eau. Une atmosphère chaude et humide s’échauffe dans toute son épaisseur, et donne à l’équateur la double circulation superposée des alisés et des contre-alisés. A mesure que l’on se rapproche des pôles, la vapeur d’eau devient plus rare, réchauffement de l’air, de moins en moins intense, se fait de plus en plus par le sol, les courants aériens qui naissent de l’inégal échauffement sont plus faibles et plus voisins de nous, la circulation est plus superficielle et tient plus compte des saisons, du dessin et du relief géographique. Par là elle devient plus indécise, plus flottante, mais sans cesser d’être soumise à dés lois qu’il est de notre intérêt autant que de notre honneur de découvrir.
Voilà l’idée générale de mon cours de physique et de météorologie, dont ce livre n’est que la reproduction presque textuelle. Mes élèves de l’Institut agronomique connaissent assez bien la physique qui s’attache à la description des appareils et à la vérification précise des lois de nombres. L’expérience m’a montré que ce qui leur manquait, et ce qui manque en général aux élèves sortant de l’enseignement classique, c’était la physique des idées générales. Ce sont ces idées que je me suis attaché à reprendre, en délaissant à mon tour la description des appareils.
Comme, en météorologie, c’était aussi le côté instruments et tableaux de chiffres qui m’intéressait le moins, le tout a fini par se fondre dans un ensemble assez homogène, et cela d’autant mieux qu’en fait de notions de physique, je n’ai développé que celles que j’ai cru nécessaires à la pleine intelligence des choses de l’atmosphère.
J’ai essayé partout d’être clair, mais je ne veux pas dire que j’aie partout vu clair. Le démon de la météorologie est un malin démon, et il a déjà terni tant de verres de lunettes qu’il a sûrement parfois obscurci les miens…
La météorologie peut-elle se prêter aujourd’hui au même mode d’exposition synthétique que les autres branches de la physique, et se présenter sans se faire accompagner du bagage encombrant de documents analytiques au milieu desquels elle se perdait autrefois? Telle est la question que j’ai dû me poser quand j’ai concouru, en 1878, pour la chaire de physique et de météorologie à l’Institut agronomique.
Quand je me demande pourquoi j’ai eu la confiance d’y répondre alors par l’affirmative, je ne trouve guère, comme raisons, que le souvenir de mes ‘conversations et de ma correspondance avec mon regretté collègue, M. de Tastes, professeur de physique au lycée de Tours. M. de Tastes était impotent : une opération chirurgicale mal faite lui avait enlevé l’usage de ses jambes, et sa seule récréation était le-canotage à la voile ou à la rame sur la Loire et ses affluents. Dans sa position, le moindre accident pouvait devenir fatal. Cette perspective l’avait rendu, comme on pense, très attentif aux choses de l’atmosphère, et comme il avait en outre un sens physique très aiguisé, il était naturellement et sans effort devenu un excellent météorologiste, un météorologiste de plein vent, non un météorologiste de serre chaude.
De la région qu’il habitait, et qu’il avait fini par très bien connaître, son attention s’était bientôt étendue à tout le globe, et il avait sur la circulation générale de l’hémisphère Nord, sur les courants aériens qui s’y dessinent, sur les bourrasques que ces courants emportent, et sur les régions tranquilles qu’ils contournent, des idées générales que je me rappelle l’avoir entendu développer avec enthousiasme et ampleur. Ces idées, dont quelques- unes ont fait fortune depuis, étaient neuves alors, elles étaient grandes ; elles réunissaient dans un ensemble commun une foule de faits jusque-là épars et dissociés ; on les retrouvera presque à chaque pas dans cet ouvrage, parce que c’est à leur lumière que j’ai envisagé à mon tour les choses de la météorologie.
L’idée que je développe, c’est que tous les phénomènes moteurs de l’atmosphère, depuis les plus grands jusqu’aux plus petits, sont des phénomènes de moussons, dus à l’inégal échauffement de régions voisines. L’inégalité est introduite, sur terre, par la distribution des continents et des mers, et dans l’atmosphère par les inégalités dans la proportion et la distribution de la vapeur d’eau. Une atmosphère chaude et humide s’échauffe dans toute son épaisseur, et donne à l’équateur la double circulation superposée des alisés et des contre-alisés. A mesure que l’on se rapproche des pôles, la vapeur d’eau devient plus rare, réchauffement de l’air, de moins en moins intense, se fait de plus en plus par le sol, les courants aériens qui naissent de l’inégal échauffement sont plus faibles et plus voisins de nous, la circulation est plus superficielle et tient plus compte des saisons, du dessin et du relief géographique. Par là elle devient plus indécise, plus flottante, mais sans cesser d’être soumise à dés lois qu’il est de notre intérêt autant que de notre honneur de découvrir.
Voilà l’idée générale de mon cours de physique et de météorologie, dont ce livre n’est que la reproduction presque textuelle. Mes élèves de l’Institut agronomique connaissent assez bien la physique qui s’attache à la description des appareils et à la vérification précise des lois de nombres. L’expérience m’a montré que ce qui leur manquait, et ce qui manque en général aux élèves sortant de l’enseignement classique, c’était la physique des idées générales. Ce sont ces idées que je me suis attaché à reprendre, en délaissant à mon tour la description des appareils.
Comme, en météorologie, c’était aussi le côté instruments et tableaux de chiffres qui m’intéressait le moins, le tout a fini par se fondre dans un ensemble assez homogène, et cela d’autant mieux qu’en fait de notions de physique, je n’ai développé que celles que j’ai cru nécessaires à la pleine intelligence des choses de l’atmosphère.
J’ai essayé partout d’être clair, mais je ne veux pas dire que j’aie partout vu clair. Le démon de la météorologie est un malin démon, et il a déjà terni tant de verres de lunettes qu’il a sûrement parfois obscurci les miens…
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