Description
Référence : 32035
RÉMY – Mémoires d’un agent secret de la France Libre
Juin 1940 – juin 1942 – Tome I
1947, format : 170×255, 552 pages, 2 illustration[s].broché, couv. une déchirure et piqure, écornée (voir image), bon état intérieur
• • Juin 1940 – Juin 1942
PRÉFACE
• Le 21 juillet 1940, dans un studio de la un homme qui depuis cinq minutes — parlait à sa femme par-dessus la mer, éclatait en sanglots. Il venait de prononcer ces mots :
• Nos enfants doivent dormir. Avant de te coucher, embrasse-les pour moi, doucement, sans les réveiller. Et, plus tendrement encore, le tout-petit que tu m‘apportais, chaque matin à mon réveil. »
• Je crus que l’émotion allait étouffer sa voix. Mais il se ressaisit sans effort apparent, et conclut sur un ton simple, ou, pour mieux dire, sur son ton naturel, comme s’il avait retrouvé son équilibre en dominant ses larmes :
• « Sache que ma pensée ne te quitte pas un seul instant, et que la tienne est là, vivante, à mes côtés. C’est elle qui, bientôt, me mènera au combat. »
• Je présume que, si le vainqueur du jour, qui ne se savait pas encore le vainqueur d’un jour, avait pu, ce soir-là, non seulement entendre Gilbert Renault, mais aussi le voir, il aurait ajouté le mépris au triomphe. Ce père de famille qui s’attendrissait sur le visage d’un nouveau-né, et qui vacillait sous l’image de son foyer lointain, certes la Race des Maîtres n’avait pas à le craindre! Elle l’avait étouffé d’avance, en étouffant la voix du cœur!
• Ernest-Erich Noth a fort bien défini le problème crucial de la guerre, en marquant que les Français et les Allemands s’opposent d’abord par leurs conceptions respectives du bonheur.
• Quand un Français rêve qu’il est heureux, il voit passer devant ses yeux des scènes familiales ou familières, un soc dans une terre tendre et fertile, la saveur d’un vin frais, le rire d’un enfant, la poussière d’un vieux livre, voire – pourquoi pas? — une bonne canne à pêche
• Quand un Allemand imagine la félicité, il se conçoit aussitôt solidement encadré, dans une formation puissante, entraîné par les accents d’un chant martial et lugubre, marchant au pas vers une conquête inconnue.
• Peut-être s’ensuit-il qu’un Français, même s’il est héroïque, n’est jamais un héros. En effet, qu’est-ce qu’un héros? C’est un demi-dieu. Or, rien n’est moins français que la prétention de dépasser la condition humaine, si rien n’est plus français que la volonté de l’accomplir.
• Tel est précisément l’intérêt profond de l’aventure forgée, vécue, relatée par Gilbert Renault, devenu pour nous Raymond, puis Rémy, puis Roulier. L’héroïsme y est partout. Mais personne n’y est héroïque par vocation, ou — si l’on veut — héroïque de naissance. Ces hommes et ces femmes qui affrontent sans trembler les périls de la vie secrète, les risques de la torture, la probabilité d’une mort atroce et solitaire, se font tous une idée du bonheur contraire à la vie qu’ils mènent et qu’ils assument pleinement.
• A l’exemple de Roulier lui-même, ils sont incapables de pleurer pour crier : « Grâce! », mais parfaitement capables de pleurer tout simplement parce qu’ils aiment.
• Personne n’a compris la Résistance française, s’il n’a médité le poème clandestin, dont le départ est donné par ce vers :
• Tous mes amis sont morts ou bien sont en prison,
et dont la dernière strophe est beaucoup moins l’aveu d’une faiblesse que l’exposé précis des raisons de combattre :
• Mais je voudrais bercer
comme les autres femmes
dans un berceau tressé
un enfant tout en larmes.
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