Description
Référence : 32341
VAUDOYER Jean-Louis – Peau d’Ange
1924, format : 145×200, 236 pp. non rognées pages, sans illustration[s].broché, tranche dos bas usé, bon état intérieur
Exemplaire numéroté
PEAU D’ANGE
Quittant le pont des Saints-Pères pour gagner le Carrousel, une femme dont nous ne saurons jamais le nom traversa le quai. Elle aperçut Guy Viltain. Il stationnait au bord du trottoir, à côté d’un réverbère aux vitres peintes de couleur saphir : Guy attendait le tramway de Saint-Cloud. Son extrême beauté et son grand charme de jeunesse frappèrent la passante, dont les regards publièrent un vif plaisir, une franche admiration. On voyait qu’elle pensait : « Ce petit soldat est vraiment charmant. »
En juillet 1917, les femmes, très souvent, lorsqu’il s’agissait de s’intéresser à des militaires, donnaient le nom de pitié à des sentiments qui auraient bien pu s’appeler tendresse, ou émotion amoureuse. Ainsi protégées contre leur prudence, elles se résignaient avec tranquillité, mais sans lenteur, à des consentements, à des avances, auxquels, en temps de paix, elles eussent très probablement résisté. Toutefois, six mois auparavant, cette inconnue eût-elle songé à remarquer Guy Viltain? Guy portait alors, non point cette vareuse, ces culottes, ces jambières, ce calot d’azur, mais des vêtements civils devenus, pour lui, un peu justes. C’est qu’il venait à peine de cesser de grandir. Aux genoux, aux coudes, le lustre de l’étoffe signalait que ces vêtements avaient été patiemment usés sur les bancs du collège : reçu, à la deuxième session, à son second bachot, Guy Viltain, âgé de dix-huit ans, s’était engagé.
La passante souhaitait que les yeux de Guy rencontrassent les siens. Elle dut renoncer à cette aubaine, et s’éloigna sous les guichets du Louvre, trop contente…
PEAU D’ANGE
Quittant le pont des Saints-Pères pour gagner le Carrousel, une femme dont nous ne saurons jamais le nom traversa le quai. Elle aperçut Guy Viltain. Il stationnait au bord du trottoir, à côté d’un réverbère aux vitres peintes de couleur saphir : Guy attendait le tramway de Saint-Cloud. Son extrême beauté et son grand charme de jeunesse frappèrent la passante, dont les regards publièrent un vif plaisir, une franche admiration. On voyait qu’elle pensait : « Ce petit soldat est vraiment charmant. »
En juillet 1917, les femmes, très souvent, lorsqu’il s’agissait de s’intéresser à des militaires, donnaient le nom de pitié à des sentiments qui auraient bien pu s’appeler tendresse, ou émotion amoureuse. Ainsi protégées contre leur prudence, elles se résignaient avec tranquillité, mais sans lenteur, à des consentements, à des avances, auxquels, en temps de paix, elles eussent très probablement résisté. Toutefois, six mois auparavant, cette inconnue eût-elle songé à remarquer Guy Viltain? Guy portait alors, non point cette vareuse, ces culottes, ces jambières, ce calot d’azur, mais des vêtements civils devenus, pour lui, un peu justes. C’est qu’il venait à peine de cesser de grandir. Aux genoux, aux coudes, le lustre de l’étoffe signalait que ces vêtements avaient été patiemment usés sur les bancs du collège : reçu, à la deuxième session, à son second bachot, Guy Viltain, âgé de dix-huit ans, s’était engagé.
La passante souhaitait que les yeux de Guy rencontrassent les siens. Elle dut renoncer à cette aubaine, et s’éloigna sous les guichets du Louvre, trop contente…


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