Description
Référence : 32275
BERTRAND Louis – Promenades à Travers la France
« Les bonnes lectures »
1934, format : 140×200, 94 pages, nombreuses illustration[s].broché, couv. frottée, bon état intérieur
PROMENADES A TRAVERS LA FRANCE
VISION D’ENSEMBLE
La France est un corps, dont le cœur se trouve au Golfe du Lion et dont les deux bras sont l’Espagne et l’Italie… (Balzac : Sur Catherine de Médicis.)
Il y a des paysages à peu près inconnus de l’Européen du Centre, situés pour ainsi dire hors de l’espace et du temps, tellement ils sont rebelles à la notion d’âge, réduits aux plus simples données linéaires ; des paysages que l’homme n’a pas touchés et qui n’ont été contemplés par aucun œil humain. Car les rares vivants qui passent devant eux ne les voient point. On en trouve comme cela, même en Europe, dans les hautes régions montagneuses, mais surtout dans les zones désertiques des plus vieux continents, au cœur de l’Afrique ou de l’Asie, dans le Sahara, le désert de Gobi, ou l’Arabie pétrée.
Ces paysages sont souvent splendides : ils dépassent tout ce que l’imagination peut rêver comme intensité, couleur, pureté des lignes et des formes. Mais ils ne sont point faits pour l’homme. Ils ne portent pas son empreinte. Ils n’ont point été remodelés et en quelque sorte asservis par son art. Et ainsi ils ne disent rien à l’ordinaire passant, rien de ce qui le préoccupe ou de ce qu’il désire. Ils ne parlent pas de l’homme à l’homme. Ils sont muets, sauf pour l’âme religieuse qui, dans cette extrême simplification des formes sensibles, se sent plus près de l’Être, ou bien encore pour le savant, l’historien de la nature, qui vient y chercher la trace des grandes révolutions du globe. Ce sont des paysages géologiques ou métaphysiques.
Ils sont rares, ou ils n’existent pas dans notre France, où tout semble fait à la mesure de l’homme, où tout a été recréé selon un idéal très particulier de beauté, où, depuis des siècles, tout a été calculé, pensé et senti par le possesseur, l’ordonnateur et l’amoureux de la -terre. On a pu dire assez justement qu’un paysage est un état d’âme. Cela doit être vrai dans tous les pays de vieille civilisation. Mais sans doute, dans aucun pays du monde, cela n’est plus vrai qu’en France. Où trouver des paysages plus humains que les nôtres, plus pénétrés de la pensée et de l’âme d’une race, plus marqués par son génie constructeur ? Et non seulement la face de notre terre a été refaite, de génération en génération, par les ouvriers du sol, les fondateurs de villes, les administrateurs, les artisans et les artistes, mais elle a été enveloppée de poésie par les innombrables écrivains qui l’ont célébrée et décrite, par les visiteurs qui l’ont admirée. Enfin elle a été comme rendue intelligente par l’esprit du peuple qui l’habite. Il n’y a guère de villages, chez nous, d’humbles recoins de terre, pas un bouquet d’arbres, peut-être, qui n’aient été regardés avec amour, qui ne signifient de l’émotion ou de la beauté pour quelqu’un. Tout a été consacré par l’art, la poésie, la légende, l’histoire, la religion, les grands cultes nationaux. Il y aurait des pages entières à citer sur des bourgades ou des régions inconnues de nos provinces. Une anthologie des paysages français pourrait être colligée, qui embrasserait la France entière dans ses moindres singularités. Et ainsi notre paysage national est d’une complexité extrême : il est lourd déjà de tous les trésors de notre âme…
VISION D’ENSEMBLE
La France est un corps, dont le cœur se trouve au Golfe du Lion et dont les deux bras sont l’Espagne et l’Italie… (Balzac : Sur Catherine de Médicis.)
Il y a des paysages à peu près inconnus de l’Européen du Centre, situés pour ainsi dire hors de l’espace et du temps, tellement ils sont rebelles à la notion d’âge, réduits aux plus simples données linéaires ; des paysages que l’homme n’a pas touchés et qui n’ont été contemplés par aucun œil humain. Car les rares vivants qui passent devant eux ne les voient point. On en trouve comme cela, même en Europe, dans les hautes régions montagneuses, mais surtout dans les zones désertiques des plus vieux continents, au cœur de l’Afrique ou de l’Asie, dans le Sahara, le désert de Gobi, ou l’Arabie pétrée.
Ces paysages sont souvent splendides : ils dépassent tout ce que l’imagination peut rêver comme intensité, couleur, pureté des lignes et des formes. Mais ils ne sont point faits pour l’homme. Ils ne portent pas son empreinte. Ils n’ont point été remodelés et en quelque sorte asservis par son art. Et ainsi ils ne disent rien à l’ordinaire passant, rien de ce qui le préoccupe ou de ce qu’il désire. Ils ne parlent pas de l’homme à l’homme. Ils sont muets, sauf pour l’âme religieuse qui, dans cette extrême simplification des formes sensibles, se sent plus près de l’Être, ou bien encore pour le savant, l’historien de la nature, qui vient y chercher la trace des grandes révolutions du globe. Ce sont des paysages géologiques ou métaphysiques.
Ils sont rares, ou ils n’existent pas dans notre France, où tout semble fait à la mesure de l’homme, où tout a été recréé selon un idéal très particulier de beauté, où, depuis des siècles, tout a été calculé, pensé et senti par le possesseur, l’ordonnateur et l’amoureux de la -terre. On a pu dire assez justement qu’un paysage est un état d’âme. Cela doit être vrai dans tous les pays de vieille civilisation. Mais sans doute, dans aucun pays du monde, cela n’est plus vrai qu’en France. Où trouver des paysages plus humains que les nôtres, plus pénétrés de la pensée et de l’âme d’une race, plus marqués par son génie constructeur ? Et non seulement la face de notre terre a été refaite, de génération en génération, par les ouvriers du sol, les fondateurs de villes, les administrateurs, les artisans et les artistes, mais elle a été enveloppée de poésie par les innombrables écrivains qui l’ont célébrée et décrite, par les visiteurs qui l’ont admirée. Enfin elle a été comme rendue intelligente par l’esprit du peuple qui l’habite. Il n’y a guère de villages, chez nous, d’humbles recoins de terre, pas un bouquet d’arbres, peut-être, qui n’aient été regardés avec amour, qui ne signifient de l’émotion ou de la beauté pour quelqu’un. Tout a été consacré par l’art, la poésie, la légende, l’histoire, la religion, les grands cultes nationaux. Il y aurait des pages entières à citer sur des bourgades ou des régions inconnues de nos provinces. Une anthologie des paysages français pourrait être colligée, qui embrasserait la France entière dans ses moindres singularités. Et ainsi notre paysage national est d’une complexité extrême : il est lourd déjà de tous les trésors de notre âme…


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