Description
Référence : 32400
– Recueil de Chants pour la SUISSE Romande
50 chants à deux voix
1853, format : 225×150, 51 pages, illustration[s] : avec notes de musique, broché, couv. usée et débroché, intérieur avec ptites piqûres, très intéressante documentation, en l’état
PRÉFACE
La musique est une puissance mystérieuse qui pénètre au plus profond de l’âme, en initiant l’homme à l’harmonie universelle qui règne dans la vie de la nature. Elle est le langage du sentiment, comme les mots sont celui de la pensee. Le chant en particulier est un langage universel et immédiat que la nature humaine éprouve un vif besoin de comprendre et de parler, et qui devient ainsi un puissant moyen de culture intellectuelle et morale. Tandis que la langue établit entre les peuples une distinction le plus souvent rigoureuse, le chant unit et rapproche toutes les nationalités. Il va sans dire qu’il n’est pas question ici du chant artistique dont la musique forme le répertoire de l’opéra; mais j’entends parler du chant sacré et de ce qu’on appelle chants populaire,. Ce n’est pas que je songe à vouloir déprécier les magnifiques créations de nos grands compositeurs; mais l’exécution de ces œuvres ne peut appartenir qu’à quelques personnes qui ont ssez de loisir et assez de talent pour arriver à une certaine perfection. Le chant d’église, au contraire, et les chants populaires peuvent devenir la propriété de quiconque a reçu de Dieu une voix pour chanter et un coeur pour sentir.
L’Allemagne et quelques Cantons de la Suisse fournissent une preuve frappante de la puissance émouvante qu’un Choral bien chanté exerce sur l’âme, et de l’influence bienfaisante qu un chant vraiment populaire peut avoir sur la vie sociale et domestique. Pour s’en faire une idée bien nette, on n’a qu’a assister au chant d’église si monotone des pays dans lesquels le chant populaire n’a pas encore été justement apprécié, et l’on sentira combien ce chant laisse souvent à désirer pour l’édification commune.
Cet état de choses doit être attribué à deux causes principales :
En premier lieu, on met dans les pays allemands un soin tout particulier à la culture du chant. Dès les classes inferieures des écoles élémentaires, les enfants commencent a s’exercer au chant à deux voix; dans les classes plus elevees, on ajoute une troisième et même une quatrième partie. De cette manière, l’oreille du jeune chanteur se forme de bonne heure, et celui-ci acquiert lui-même un certain sentiment de l’harmonie qui lui reste durant toute sa vie. Il en résulte que dans chaque ville, et même dans les villages ne comptant que quelques centaines d’habitants, il se forme parmi les adultes des sociétés de chant qui exercent la plus grande influence sur le chant populaire et religieux.
En second lieu, l’Allemand posséde pour l’ecole, pour la famille et pour le peuple un trésor de chants dont le pareil ne se trouve chez aucune autre nation. Et il est naturel que plus ces chants sont attrayants, plus le désir de les chanter se développe. On croit généralement chez nous que les Allemands sont mieux doues, pour le chant que les peuples parlant la langue française. Ce n’est là qu’un prejugé. Pour former l’oreille et le goût musical de notre jeunesse, il suffit de faire ce que font les Allemands, c’est-a-dire de mettre plus d’intérêt et de persévérance à renseignement ainsi qu’à l’étude des chants élémentaires. On a fait en ce genre a Geneve, il y a une vingtaine années, sous l’habile direction de M. KAUPERT, un essai des plus heureux, essai qui aurait eu les résultats les plus satisfaisants si l’on eût persévéré dans une marche naturelle. Cette marche consiste à enseigner des airs faciles, agréables, d’une difficulté insensiblement progressive, et non point à se mettre trop tôt à l’étude de morceaux dont l’exécution réclame plus de forces qu’on n’en possède. Trop de difficultés réunies dégoûtent et fatiguent. La musique, avons-nous dit,. est un langage, et celui qui veut le parler doit en connaître la grammaire.
Je crois donc répondre à un besoin de notre époque en réunissant en une collection destinée aux écoles, aux familles et au peuple, les meilleurs chants allemands, et en les recommandant en particulier à l’attention du public de la Suisse française pour laquelle surtout ce travail a été entrepris. Car, malgré les grandes améliorations que notre époque a apportées à l’organisation des écoles, on n’a pas encore donné le soin nécessaire aux moyens par lesquels l’enseignement du chant pourrait produire d’heureux résultats. C’est qu’il manque la matière, c’est-à-dire des chants convenables, pour proportionner le chant au temps et à la peine que l’on met à l’enseigner.
Pour que ce recueil soit répandu le plus possible, on en a fait quatre éditions, dont 2 en français et 2 en allemand; chaque volume destiné aux écoles contient les chants à deux voix, et ces mêmes chants avec accompagnement de piano pour l’usage des familles.
Ce recueil a été fait d’après les principes suivants :
Toutes les mélodies sont attrayantes, simples et par conséquent faciles à apprendre ; elles sont rangées autant que possible dans un ordre progressif. Aucune d’entre elles n’est écrite dans un ton trop élevé, de sorte que la voix de poitrine est seule nécessaire pour leur exécution ; de même, dans les chants à trois voix du second recueil, il ne se trouve aucune note trop basse pour la voix d’un enfant. Tous ces chants, dont la plupart sont des chants populaires en Allemagne, ont été arrangés à deux ou à trois voix et dans les tons les plus usités par des maîtres de l’art. C’est à l’obligeance et au talent connu de M. le professeur Feigerl que je dois les accompagnements de piano, faciles et simples, mais établissant parfaitement l’harmonie.
Partant de la conviction que le goût de l’enfant se porte plutôt vers un chant gai, j’ai donné la préférence à des mélodies animées. Tout en évitant des parolestrop enfantines, j’ai choisi des textes qui sont à la portée de l’entendement du jeune chanteur et qui peuvent lui inspirer, avec la musique, l’amour de la poésie. Ces chants ne blessent ni le bon goût, ni l’esprit moral, ni une croyance religieuse quelconque. Ils doivent être pour l’écolier un ami d’enfance, répondre aux besoins de la vie de famille et de la vie sociale, se répandre au moyen des écoles parmi le peuple et amener avec le temps un chant d’église meilleur et plus édifiant.
Je saisis ici l’occasion de remercier publiquement tous ceux qui ont bien voulu concourir à cette œuvre, en adaptant des vers français à une musique qui leur était imposée: c’était là un travail difficile et même ingrat, mais ils ont mis à s’eu charger la plus parfaite obligeance. J’ai des grâces à rendre particulièrement à M, le pasteur J.-L. Moratel, dont le zèle égale le talent, et qui est bien connu países travaux sur le chant populaire.
Genève, Octobre 1853. Dr- G.-E.-NI. Adrien.
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