Le menhir de Boissise-la-Bertrand

Le Menhir du Grand Berger de Boissise-la-Bertrand

Dans la région melunaise, les menhirs, ou pierres levées des populations préhistoriques, étaient inconnus, avant que M. l’abbé Fortin, curé de Boissise-la-Bertrand, actuellement à Maincy, n’ait signalé celui du parc de Bel-Air, dans le voisinage de la ferme du Gros-Chêne, sur le bord du chemin extrêmement ancien qui va de Boissise à Vert-Saint-Denis.
Le bois de Bel-Air, dépendant du domaine de Saint-Assise, faisait autrefois partie de la forêt de Beaulieu, le Bellus Lucus des chartes du moyen âge. L’abbaye de Barbeau y avait existé avant d’être transférée à Fontaine-le-Port. Elle avait possédé au XIIe siècle, en vertu de- libéralités royales ou particulières, la plupart des grandes propriétés de la localité.
Le menhir du parc de Bel-Air, appelé le Grand-Berger, mesure 2m,20. Il est en pierre meulière, dite caillasse, formation de silice et de calcaire, qu’on trouve sur place.
Il s’élève en un lieu isolé, loin de tout groupement d’habitation, si ce n’est le Gros-Chêne, de construction récente, sur le bord du vieux chemin de Vert, circulant au milieu de bois couvrant autrefois toute la région, et rattachés par la forêt de Rougeau, au-delà do Nandy et du hameau mérovingien du Plessis, à la forêt de Sénart, un des principaux mediolanum de la Gaule préhistorique.
J’ai visité le Grand-Berger. Ce n’est pas un menhir aux dimensions de ceux de la Bretagne, ni même comme ceux qu’on rencontre dans l’arrondissement de Fontainebleau, à Dormelles et à Diant notamment. Sa hauteur, ai-je dit, est de 2 m. 20, ce qui laisse présumer, vu son inclinaison prononcée, une base souterraine de 60 à 70 centimètres. Au total, la pierre aurait 3 mètres environ. Il est incliné de l’est à l’ouest sous un angle de 65 degrés.
Cette direction vers l’Orient, porte du ciel des anciens, peut cacher un mysticisme religieux. Autour, des pierres, plus ou moins volumineuses, également sili-calcaires, fixées à fleur du sol, semblent une disposition de cromelech. En cet endroit, le bois èst clair planté. C’est comme une place propice aux rondes des prêtresses à la recherche du gui sacré, ou au rassemblement des sorcières venant y faire leurs incantations nocturnes. Plus tard, au moyen âge, une autre idée prévalut. Le menhir des âges préhistoriques devint le Grand Berger, protecteur des troupeaux dispersés dans les pâturages de la région, au milieu des landes et bruyères qui sont aujourd’hui les Usages ou Uselles de Boissise.
Pour la rareté de l’existence d’un menhir à la porte de Melun, celui du parc de Bel-Air était à signaler.
Gabriel Leroy
Du même auteur. Le Menhir du Grand-Berger. — Journal le Républicain de Seine-et-Marne, numéro du 7 mai 1902. Melun, imp. Legrand.